Viviane du 26 au 28 février 1990

I. Synthèse de l’événement

Date de début d’événement : 26 février 1990 à 08 heures légales

Date de fin d’événement : 28 février 1990 à 06 heures légales

Type d’événement : dépression atlantique de type ND (classification Dreveton)

Départements touchés ou régions concernées :

Régions impactées

Exceptée l’Aquitaine, toutes les régions sont concernées à des degrés divers à un moment ou un autre au cours de l’épisode.

Pour Midi-Pyrénées seul le nord de la région est touché (Aveyron). La région Poitou-Charentes est à peine effleurée (2 % de sa surface).

Résumé :
La tempête Viviane, remarquable par sa durée et son intensité, frappe sévèrement le nord-ouest de l’Europe du 25 au 28 février 1990, un mois seulement après la tempête Daria du 25 janvier (dont la trajectoire était plus au sud) et 22 jours après Herta (tempête du 03 février 1990). Elle est rapidement suivie par la tempête Wiebke le 28 février en deuxième partie d’après-midi (début estimé vers 17 heures) jusqu’en deuxième partie de nuit suivante (fin estimée à 5 heures le matin du 01 mars).

Viviane est considérée comme la tempête la plus violente depuis The Great Storm de 1987.

Intensité maximumDuréeSurface du territoire métropolitain touchéIndice de sévérité
212 km/h à l’Île-Rousse le 27 (Corse)
47 heures
49 %
exceptionnel

II. Description de la situation météorologique


Données de pression

Le petit minimum isolé très au large de l’Irlande le 25 février 1990 se décale vers le Sud de la Suède puis vers le Nord de la Finlande. Il s’accompagne d’un thalweg qui passe sur la Bretagne en début de matinée du 27 février.

À l’arrière, les hautes pressions centrées sur l’Atlantique se développent vers l’Ouest de la France maintenant un fort flux d’Ouest à Nord-Ouest au Nord du 47 °N.

Le minimum de pression relevé en Bretagne est de 1001 hPa à Cancale le 26 février 1990 à 09 UTC. La plus forte baisse de la pression en 3 heures est observée à Cancale le 26 février 1990 à 03 UTC avec - 3,9 hPa.

Il est observé ce même jour à 06 UTC une baisse de -4 hPa à la pointe de la Hague. La plus forte hausse de la pression en 3 heures est observée à Brignogan le 26 février 1990 à 15 UTC avec + 6,9 hPa.

Trajectoire de la dépression Animation du champ de pression niveau mer
Trajectoire Pressions niveau mer

III. Vent

Une perturbation balaie la moitié nord du pays dans la journée du 25 février mais les vents forts n’atteignent pas encore le seuil de la tempête (10 Beaufort). Ce jour-là, les seules rafales supérieures à 100 km/h sont signalées en bord de mer : au Cap de la Hève en Seine-Maritime (108 km/h) et dans le Finistère à Creach (101 km/h).

Rafales maximales le 26/02/1990

Le vent le 26 février 1990

Une nouvelle perturbation balaie quasiment tout le pays.

Les vents de nord-ouest soufflent en tempête gagnant peu à peu les régions méditerranéennes et la Corse.

Valeurs remarquables des rafales mesurées le 26 février 1990
RégionDépartementPosteAltitude (m)Vent instantané
maximal (km/h)
heure légale
Corse Haute-Corse Île-Rousse 142 166 20h30
Haute-Normandie Seine-Maritime Cap-de-la-Hève 100 162 10h50
Corse Haute-Corse Cap Corse 72 158 19h10
Haute-Normandie Seine-Maritime Dieppe 38 144 12h15
Picardie Somme Abbeville 69 140 10h38
Basse-Normandie Manche Pointe de la Hague 6 137 09h15
Nord-Pas de Calais Nord Lille-Lesquin 47 137 10h17
Nord-Pas de Calais Pas-de-Calais Boulogne 73 137 08h10
Rafales maximales le 27/02/1990

Le vent le 27 février

La tempête Viviane sévit toujours avec le passage d’un nouveau front pluvieux.

Les vents côtiers sont violents (Bretagne et côtes de la Manche).

Des vents extrêmement violents traversent la moitié nord pour gagner l’Alsace mais aussi le quart sud-est du pays où mistral et tramontane soufflent en violente tempête.

En divers points du territoire, les vents prennent la force d’un ouragan (voir le tableau ci-dessous).

Valeurs remarquables des rafales mesurées le 27 février 1990
RégionDépartementPosteAltitude (m)Vent instantané
maximal (km/h)
heure légale
Corse Haute-Corse Île-Rousse 142 212 18h05
Corse Haute-Corse Cap Corse 72 205 19h50
Corse Corse-du-Sud Cap Pertusato 107 187 00h10 le 28
Languedoc-Roussillon Gard Mont Aigoual 1567 155 14h35
Champagne-Ardennes Haute-Marne Langres 466 148 11h22
Haute-Normandie Seine-Maritime Cap-de-la-Hève 100 144 08h15
Languedoc-Roussillon Pyrénées-Orientales Cap Béar 82 144 18h40
Rhône-Alpes Haute-Loire Le Puy-Loudès 833 133 16h23
Rafales maximales le 28/02/1990

Le vent le 28 février

Les hostilités se poursuivent, le train des perturbations ne faiblit pas.

Les vents violents parfois dignes d’un ouragan sont toujours d’actualité. Les mêmes zones que la veille sont concernées c’est-à-dire la moitié nord de l’hexagone et le quart sud-est.

Une fois encore les régions Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse sont les plus touchées.

Valeurs remarquables des rafales mesurées le 28 février 1990
RégionDépartementPosteAltitude (m)Vent instantané
maximal (km/h)
heure légale
Corse Corse du Sud Cap Pertusato 107 176 01h50
Corse Haute-Corse Cap Corse 72 158 23h30
Corse Haute-Corse Île-Rousse 142 155 22h00
Picardie Somme Abbeville 69 151 14h35
Haute-Normandie Seine-Maritime Cap-de-la-Hève 100 148 21h50
Nord-Pas de Calais Pas-de-Calais Boulogne 73 144 20h35
Haute-Normandie Seine-Maritime Dieppe 38 140 20h25
Basse-Normandie Manche Pointe de la Hague 6 137 18h45

Les vents du 28 février correspondent à la tempête Wiebke qui a succédé à Viviane en deuxième partie d’après-midi et le lendemain. Seul les vents au Cap Pertusato correspondent bien à la tempête Viviane.

Rafales maximales du 26 au 27 février 1990
Tempête Viviane
Estimations des rafales maximales
26 et 27 février 1990
Récapitulatif Rafales maximales des 26 et 27 février 1990 Estimations des rafales maximales des 26 et 27 février 1990
Rafales maximales le 28 février 1990
Tempête Wiebke
Estimations des rafales maximales
le 28 février 1990
Récapitulatif Rafales maximales du 28 février 1990 Estimations des rafales maximales du 28 février 1990

Les 2 cartes ci-dessus intègrent la fin de la tempête Viviane (à 6 heures locales) et le début de la tempête Wiebke (estimée à 17 heures locales). L’absence de données horaires ne permet pas de les dissocier.

IV. Phénomènes météorologiques associés

Pluie

Pluies cumulées sur 3 jours

Pluviométrie cumulée sur 3 jours du 26 au 28 février 1990

Les pluies associées à cet épisode tempétueux ne sont pas exceptionnelles.

Les cumuls sur 3 jours dépassent certes les 100 voire les 150 millimètres mais uniquement sur les massifs suivants : Massif Central, sud des Vosges et Alpes.

De plus ce cumul est équitablement réparti sur les 3 journées.

On atteint très localement un cumul de 200 millimètres à Sewen dans le Haut-Rhin (Ballon d’Alsace, en limite avec le Territoire de Belfort), là aussi avec une répartition homogène entre 50 et 80 mm par jour.

Neige

Un peu de neige est signalée sur nos massifs le 26 des Ardennes aux Vosges et sur le nord des Alpes (à priori peu de neige sur le Massif Central et rien sur les Pyrénées).

Le lendemain 27 février, les mêmes zones sont concernées (au-delà de 1100 m puis 800 m) auxquelles il faut rajouter la Franche-Comté et ponctuellement la plaine de la Somme à la Champagne.

Même scénario le 28 avec toutefois des chutes de neige sur le Massif Central mais aussi un peu de neige en Normandie.

Houle

Une houle forte à très forte se met en place au large des côtes de la Corse dans la journée du lundi 26 février. La mer est très grosse à grosse les 27 et 28 février 1990 en façade ouest de l’Île de Beauté.

V. Impacts socio-économiques

Au passage de Viviane, les plus grandes pertes se sont produites en Grande-Bretagne, Belgique et en Suisse. Dans ce dernier pays, des rafales jusqu’à 268 km/h sont signalées au col du Grand Saint Bernard, détruisant de grandes superficies forestières en montagne. Au niveau de l’Europe, on recense 64 morts, des dégâts estimés à 4 milliards $US (source OCDE, rapport de 2005).
Wiebke a une trajectoire plus au sud : 35 morts, des dégâts forestiers terribles en Allemagne, Suisse et Autriche notamment.

Févier 1990 : sept tempêtes se succèdent et touchent à divers degrés la France et une large partie de l’Europe. Celle du 3-4 février fut l’une des plus importantes connues dans le nord de la France, faisant 23 morts dont 13 dans la région parisienne.La tempête du 26 février au 1 mars coûta 65 vies dans l’ensemble de l’Europe
(Source : dossier Les Tempêtes du Ministère de l’Écologie et du Développement Durable, décembre 2002, page 14).

Informations complémentaires disponibles sur le site des tempêtes avec submersion : étude Vimers des événements de tempête en Bretagne par Météo-France, le SHOM (Service Hydrologique et Océanographique de la Marine) et le Céréma (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement)