Tempête du 16 décembre 1962

I . Synthèse de l’événement

Date de début d’événement : 15 décembre 1962 à 19 h

Date de fin d’événement : 17 décembre 1962 à 07 h

Type d’événement : centre dépressionnaire au nord de la Corse, tempête type NE (classification Dreveton)

Départements touchés :

Régions impactées

Picardie (Aisne, Oise, Somme), Provence-Alpes-Côte d’Azur (Alpes-Maritimes, Vaucluse), Basse-Normandie (Calvados, Manche), Haute-Normandie (Seine-Maritime)

Centre (Cher, Eure-et-Loir), Corse, Bourgogne (Côte-d’Or, Nièvre, Saône-et-Loire, Yonne), Bretagne (Côtes-d’Armor), Languedoc-Roussillon (Gard, Pyrénées-Orientales), Lorraine (Moselle), Nord-Pas de Calais, Alsace (Haut-Rhin)

Rhône-Alpes (Rhône), Île-de-France (Seine-et-Marne), Franche-Comté (Territoire de Belfort)

Résumé :

Associée au creusement intense d’une dépression sur le golfe de Gênes, une tempête d’ouest sévit sur le Roussillon, les hauteurs de part et d’autre de la basse vallée du Rhône, le Var, la Côte d’Azur où elle s’avère particulièrement violente.
Sur la Corse elle atteint localement la force 12 sur l’échelle Beaufort ce qui correspond pour les marins au seuil ouragan. Le vent moyenné sur 10 minutes est alors supérieur ou égal à 64 nœuds soit 118 km/h.

Intensité maximumDuréeSurface du territoire métropolitain touchéIndice de sévérité
216 km/h au cap Corse (2B)
environ 36 heures
environ 27 départements (soit 153 200 km²)
 ????

II . Description de la situation météorologique

Trajectoire de la dépression Animation du champ de pression niveau mer Analyse surface le 16 décembre 1962 à 7 h locales
Trajectoire Trajectoire Analyse surface le 16 décembre 1962 à 7h locales

Commentaire sur la configuration isobarique en Méditerranée le 16.12.1962 à 13 h (cf. la carte de trajectoire ci-dessus)
Un front froid très actif venant du nord-ouest balaye le nord de la France dans la nuit du 15 au 16 décembre 1962.
Le vent y souffle souvent en tempête. Les rafales atteignent une force phénoménale au sommet de la Tour Eiffel et dans la région parisienne.
En abordant les Alpes en début de matinée du 16, une dépression se creuse fortement sur le golfe de Gênes, générée par le rapide courant de nord-ouest venant buter sur le relief alpin. Le creusement de la dépression est amplifié par un effet de fœhn exceptionnel.
En milieu de journée, au paroxysme de la tempête, le resserrement des isobares est impressionnant sur la Côte d’Azur et la Corse.

III. Vent

Rafales maximales observées du 16 au 17/12/1962

Vent instantané maximal mesuré du 16 au 17 décembre 1962

Une ancienne tempête persiste depuis la veille sur le Roussillon et les extrémités de la Corse. Mais dans la nuit du 15 au 16, la tempête associée à l’arrivée de l’air froid gagne le Var.

En deuxième partie de matinée et en début d’après-midi du 16 cette dernière s’étend à la Côte d’azur en prenant un caractère tout à fait exceptionnel.

Sur la Corse, principalement sur la Balagne et aux extrémités de l’île, les vents soufflent alors avec une violence inouïe. Au très fort resserrement des isobares se rajoute, aux extrémités de l’île, un effet venturi* remarquable. La force ouragan est ainsi atteinte :

  • au cap Corse : vent moyenné sur 10 min sud-ouest 180 km/h à 10h00 et 16h00, sud-ouest 198 km/h à 13h00
  • à Pertusato : vent moyenné sur 10 min ouest 162 km/h à 13h00.

Il est intéressant de noter que le vent souffle perpendiculairement aux isobares sur toute la Corse avec, pour le nord de l’île, passage à gauche du relief, induisant la canalisation de l’air le long de la côte. Il s’agit de deux critères supplémentaires favorables à un renforcement du vent.

En fin d’après-midi du 16 et dans la nuit du 16 au 17 le vent faiblit sur la Côte d’Azur et la Corse, d’abord par le nord. Mais la tempête se maintient sur le Roussillon-Languedoc et la Provence, principalement sur les hauteurs (Mt Aigoual, Mt Ventoux), en s’orientant nord à nord-ouest.

*effet venturi : renforcement du vent lorsque l’écoulement de l’air est perturbé par un rétrécissement, entre deux chaînes de montagnes par exemple

Valeurs remarquables des rafales mesurées le 16/12/1962
RégionDépartementPosteAltitude (m)Vent instantané
maximal (km/h)
Corse 2B – Haute-Corse Cap Corse 104
216
Île-de-France 75 – Paris Sommet de la Tour Eiffel 319
185
Corse 2A – Corse-du-Sud Pertusato 107
180
Île-de-France 77 – Seine-et-Marne Melun 91
176
Provence–Alpes–Côte d’Azur 06 – Alpes-Maritimes Nice 2
155
Corse 2B – Haute-Corse Solenzara 17
148
Provence–Alpes–Côte d’Azur 83 – Var Fréjus 7
130
Lorraine 57 – Moselle Metz-Frescaty 192
122
Languedoc–Roussillon 66 – Pyrénées-Orientales Perpignan 42
115
Bourgogne 21 – Côte-d’Or Dijon-Longvic 219
115

IV. Phénomènes météorologiques associés

Les précipitations

Cumul pluviométrique du 15 au 17 décembre 1962

Cumul des précipitations du 15 au 17 décembre 1962

Au vent des Pyrénées, du Massif Central et des Alpes, la perturbation déverse toute son eau.

On notera les très fortes précipitations au nord des Alpes.

Sous le vent, au contraire, l’air subit un important assèchement (Provence-Alpes- Côte d’Azur et Languedoc-Roussillon)

Les températures

Température maximale du 16 décembre 1962

Température maximale le 16 décembre 1962

Sous le vent, l’air subit un important assèchement et une forte élévation des températures : c’est l’effet de fœhn.

Dans cette situation il est particulièrement marqué et donne des températures exceptionnelles pour une mi-décembre :

  • à Nice, la température maximale de la journée atteint 21,3°C
  • à Sospel, à la frontière italienne elle grimpe jusqu’à 28,0°C !

Et pourtant il s’agit bien d’une invasion d’air froid. Au sommet du Mont Ventoux (1912 m), point culminant du département du Vaucluse, si la température moyenne de la journée s’élève encore jusqu’à -2,9 °C le 16, le lendemain elle n’atteint que –5,6 °C. En effet à cette altitude on peut se considérer en air froid lors la température moyenne est négative.

Les vagues

La mer est grosse (6 à 9 m de creux) à Pertusato dans l’après-midi et la soirée du 16 décembre. Le reste de la journée elle est très forte (4 à 6 m de creux).

À La Chiappa la mer est très forte une partie de l’après-midi. Elle est forte (2,5 à 4 m de creux) ensuite. C’est tout à fait remarquable compte-tenu du fait que le sémaphore est situé à l’est de l’île.

V. Impacts socio-économiques

Les Alpes sont paralysées par une tourmente de neige sans précédent ; de gigantesques congères recouvrent et isolent entre autres la station de Val d’Isère.
Des arbres centenaires sont déracinés sur la Côte d’Azur.