Tempête du 08 février 1984

I. Synthèse de l’événement

Date de début d’événement : 08 février 1984 à 13 heures locales

Date de fin d’événement : 09 février 1984 à 05 heures locales

Type d’événement : dépression de type ND (classification Dreveton)

Départements touchés ou régions concernées :

Régions impactées

Nord-Pas de Calais, Picardie, Haute-Normandie, Basse-Normandie, Bretagne, Pays de la Loire (Ouest)

Centre, Île-de-France, Champagne-Ardennes, Lorraine, Alsace, Bourgogne, Franche-Comté

Auvergne, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse

Résumé :

Une tempête en provenance d’Irlande balaie les 3/4 de la France entre le 06 et le 08 février 1984 avec des rafales de secteur nord-ouest avoisinant les 110-120 km/h dans l’intérieur et jusqu’à 130-150 km/h sur le côtier. Elle occasionnee de nombreux dégâts ainsi que des pertes humaines.

Intensité maximumDuréeSurface du territoire métropolitain touchéIndice de sévérité
198 km/h Cap Pertusato (107m) le 08/02/1984
17 heures
47 %
fort

II. Description de la situation météorologique

La France se retrouve prise entre un vaste système dépressionnaire (960 hPa) et un puissant anticyclone des Açores (1040 hPa). La dépression sur l’Islande génère dans un premier temps un flux de secteur sud-ouest affectant les côtes de Manche – Mer du nord.

Cette dépression secondaire issue de la dépression islandaise progresse vers le Benelux puis le sud-est de l’Allemagne. Pendant le même temps, l’anticyclone progresse vers la Bretagne maintenant la France dans un « goulot d’étranglement ».

Avec cette dépression secondaire, on observe une réorientation du vent au secteur nord-ouest ainsi qu’un renforcement notable des vents à la côte puis dans l’intérieur des terres jusqu’à atteindre le sud-est du pays.

Trajectoire de la dépression Animation du champ de pression niveau mer
Trajectoire Pressions niveau mer

III. Vent

Rafales maximales observées du 8 au 9 février 1984 Rafales maximales estimées du 8 au 9 février 1984
Vents maxi observées Rafales maximales estimées

Sous l’influence de la dépression islandaise, un vent de secteur sud-ouest se renforce dans la matinée du 06 février 1984.

Les rafales atteignent les 100-110 km/h sur les côtes de Manche et de Mer du nord avec un maximum de 119 km/h observé au cap de la Hève (Seine-Maritime, 76).

Par la suite, la dépression secondaire réoriente le flux au secteur nord-ouest. Les rafales gagnent l’intérieur des terres dans la journée du 7 février 1984 avec par exemple 112 km/h à Lille (Nord, 59) puis gagnent le sud-est du pays où les valeurs maximales de cette tempête sont atteintes.

On relève ainsi des observations en moyenne de l’ordre de 110-120 km/h dans l’intérieur et de l’ordre de 130-150 km/h sur les côtes de Manche et de Méditerranée.

Rafales remarquables mesurées entre le 06/02/1984 et le 08/02/1984
RégionDépartementPosteAltitude (m)Vent instantané
maximal (km/h)
Date et heure locale
Nord-Pas-de-Calais 62 Boulogne 73 108 06/02/1984 à 21h10
Picardie 80 Abbeville 70 119 06/02/1984 à 21h50
Languedoc-Roussillon 30 Mont Aigoual 1567 162 07/02/1984
Languedoc-Roussillon 66 Cap Béar 82 169 07/02/1984 à 19h40
Nord-Pas-de-Calais 59 Lille-Lesquin 47 126 08/02/1984 à 07h40
Languedoc-Roussillon 66 Perpignan 42 137 08/02/1984 à 01h10
Languedoc-Roussillon 34 Sète 80 140 08/02/1984 à 15h15
Bourgogne 58 Nevers 175 140 08/02/1984 à 11h35
Haute-Normandie 76 Dieppe 38 144 08/02/1984 à 07h55
Corse 20 Cap Pertusato 107 198 08/02/1984 à 19h10

IV. Phénomènes météorologiques associés

Cumul pluviométrique du 6 au 8 février 1984

Carte du cumul des précipitations sur 3 jours du 6 au 8 février 1984

Cette tempête s’accompagne de précipitations importantes notamment sur la façade est du pays.

On relève des cumuls de l’ordre de 80 à 120 mm en 48 h sur l’Alsace-Lorraine et les Alpes, ainsi que des cumuls de l’ordre de 80 à 100 mm en 48 h sur l’Auvergne et le secteur du Tarn-Aveyron.

Ces précipitations prennent un caractère souvent neigeux sur les hauteurs notamment sur les Alpes du Nord.

On relève des hauteurs de neige de 126 cm à Bourg St Maurice (Savoie, 73) le 07/02/1984 et de 46 cm à Embrun (Haute-Alpes, 05) le 08/02/1984.

Par ailleurs, en arrivant sur le sud-est du pays, cette tempête génère un épisode de mistral et de tramontane. Comme c’est souvent le cas (sauf lors d’un mistral noir), la région Provence-Alpes-Côte d’Azur connaît une absence de précipitation durant cette tempête.

Sans pouvoir le vérifier, il est probable que des phénomènes de surcote ont pu être observés le long des côtes de Manche durant cette tempête avec les rafales de secteur nord-ouest.

V. Impacts socio-économiques

Cette tempête accompagnée de vents violents sur les 3/4 du pays engendre des dégâts importants mais également des pertes humaines.

Un mort et un blessé sont à déplorer en Seine Maritime. Le bilan est plus important dans les Alpes du nord avec 11 morts et 7 blessés essentiellement dû aux avalanches faisant suite aux abondantes chutes de neiges.

On constate les dégâts classiques à ce type de tempête tel que des accidents de voiture, chutes d’arbres, toitures arrachées, avions déroutés, bateaux en difficulté…

En Seine-Maritime, les pompiers ont réalisé pas moins de 600 interventions.

Concernant les chutes d’arbres, la forêt de Compiègne a subi d’importantes pertes. L’ONF a d’ailleurs dressé un bilan de l’événement, classé en tornade de niveau 3 : « 90 000 m3 de bois détruits en 15 minutes, soit l’équivalent de 2 années de production de hêtres en forêt de Compiègne ».

Informations complémentaires disponibles sur le site des tempêtes avec submersion : étude Vimers des événements de tempête en Bretagne par Météo-France, le SHOM (Service Hydrologique et Océanographique de la Marine) et le Céréma (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement).